Radon dans le Cotentin : comprendre et agir face à un ennemi silencieux

28 janvier 2026

Qu’est-ce que le radon ? Un gaz naturel qui pose question

Le radon est un gaz radioactif d’origine naturelle. Il provient de la désintégration de l’uranium présent dans les roches et les sols, particulièrement dans les régions granitiques ou volcaniques. Il ne se voit pas, ne se sent pas, et ne pique pas la curiosité comme d’autres polluants : pourtant, son impact sur la santé, notamment en matière de cancer du poumon, le place régulièrement sous les projecteurs de la santé publique.

Dans le Cotentin, territoire aux sous-sols granitiques, le risque n’est pas une simple question théorique : il concerne concrètement la vie quotidienne de nombreux habitants.

Quelle est la situation du radon dans le Cotentin ?

La région de Cherbourg et plus largement le Cotentin figurent parmi les zones françaises à potentiel radon élevé, selon les cartes officielles de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). Certaines communes comme La Hague, Les Pieux ou Flamanville, classées en « zone 3 » (potentiel radon le plus élevé sur l’échelle nationale), sont particulièrement surveillées (source : IRSN).

  • Plus de 60 % des communes de la Manche sont classées à risque modéré ou élevé pour le radon.
  • Lors des campagnes nationales de mesures, jusqu’à 20 % des logements testés dans certaines zones du Cotentin dépassaient le seuil recommandé de concentration en radon (300 Bq/m³, référence de l’OMS et de la réglementation française).
  • Les vieilles bâtisses en pierre ou non rénovées, fréquentes dans le nord-Cotentin, peuvent favoriser l’accumulation du radon à l’intérieur.

Ce n’est pas parce qu’un logement est neuf ou rénové qu’il n’y a aucun risque : l’étanchéité correcte, le système de ventilation et le type de sol restent déterminants.

Le radon : pourquoi ce gaz naturel inquiète réellement ?

Le radon n’est pas toxique de la même façon que le monoxyde de carbone ou l’amiante. Son danger vient de la radioactivité : à l’air libre, il se disperse vite ; dans une maison mal ventilée, il s’accumule et peut être inhalé.

Quand on respire du radon, les particules radioactives se déposent dans les poumons. Elles peuvent altérer les cellules au fil du temps, augmentant le risque de développer un cancer, en particulier chez les fumeurs ou anciens fumeurs (effet additif : fumer + radon = risque multiplié).

  • Le radon est la 2e cause de cancer du poumon après le tabac selon l’Institut National du Cancer (INCa).
  • En France, on estime que entre 1 200 et 2 900 décès par an du cancer du poumon sont imputables à l’exposition au radon domestique (source : Santé publique France, 2018).
  • Dans les zones à fort potentiel, vivre dix ans dans une maison très exposée (au-dessus de 400 Bq/m³) double globalement le risque de cancer du poumon chez les non-fumeurs.

Radon : risque oublié ou sous-estimé dans le Cotentin ?

En France, le radon est connu des experts, mais souvent ignoré du grand public. Dans le Cotentin, il se heurte à un double défi : à la fois « ombre » (invisible, inodore) mais aussi « inconnu » (peu d’information dans la population).

Un rapport du Haut Conseil de la Santé Publique note que la perception du risque radon reste faible, même dans des zones rouges sur la carte. Beaucoup de Cotentinais s’imaginent encore que le risque ne concerne que les maisons proches des centrales nucléaires, alors que c’est avant tout une question de nature géologique et de conditions d’habitat.

  • Seuls 10 à 20% des habitants des zones à potentiel élevé auraient déjà entendu parler du radon, d’après une enquête menée par l’IRSN en 2019.
  • Dans la Manche, moins de 8% des logements ont été testés, alors que la moyenne nationale reste faible également (enquête Radon-Info, 2022).
  • De nombreux professionnels du bâtiment ou de l’immobilier dans le Cotentin n’abordent pas systématiquement la question lors des transactions.

Cela laisse penser que le radon est bel et bien un risque largement sous-estimé chez nous.

Quels sont les logements et les moments clés à surveiller ?

Le radon s’infiltre du sol vers l’air intérieur en passant par :

  • Les fissures dans les fondations
  • Les passages de canalisations
  • Les caves, vide-sanitaires et garages semi-enterrés
  • Les sols en terre battue

Les maisons anciennes, souvent riches d’histoire dans le Cotentin, sont parfois plus à risque par absence d’isolation ou de ventilation mécanique.

Le radon s’accumule souvent davantage en hiver : on aère moins, les différences de température entre l’intérieur et l’extérieur « aspirent » le gaz sous la maison.

Certaines situations doivent donc particulièrement alerter :

  1. Achat ou location d’une maison ancienne dans une zone à potentiel élevé
  2. Travaux d’isolation ou changement des fenêtres (qui modifient la ventilation naturelle)
  3. Projet d’aménagement d’un sous-sol en pièce de vie
  4. Symptômes persistants non expliqués (toux inhabituelle, essoufflement prolongé) chez les résidents ayant déjà fumé : toujours penser au cumul des risques

Comment savoir si sa maison est concernée ?

Il n’existe pas de signe visible. La seule manière fiable de connaître le niveau de radon chez soi est de faire un test. Il s’agit le plus souvent d’un petit boitier (dosimètre) à poser dans la pièce principale, idéalement durant les mois d’hiver, sur une période de plusieurs semaines.

  • En pharmacie ou sur Internet, des kits de mesure coûtent généralement entre 25 et 35 euros. Certains laboratoires proposent des analyses à prix réduit lors de campagnes locales.
  • Dans la Manche, les municipalités de La Hague, Flamanville, ou encore Bricquebec ont organisé ponctuellement des campagnes gratuites ou subventionnées : le relais est assuré par les mairies ou les agences d’amélioration de l’habitat (Anah, ADIL de la Manche…)
  • Les écoles, crèches, établissements de santé : légalement tenus de mesurer le radon et de déclarer les résultats si la zone le nécessite.

Limiter le radon chez soi : des solutions concrètes et à la portée de tous

Si le taux mesuré chez soi est supérieur au seuil recommandé (300 Bq/m³), il est conseillé de prendre des mesures correctives. La bonne nouvelle ? Beaucoup d’actions sont simples et peu coûteuses.

  • Aérer chaque jour, même en hiver : 10 à 15 minutes suffisent pour renouveler l’air.
  • Vérifier et entretenir la ventilation : installer ou réparer une VMC, ne jamais boucher les grilles d’aération.
  • Colmater les fissures et passages dans les planchers bas et les murs de sous-sol.
  • En cas de taux vraiment élevé (supérieur à 1000 Bq/m³), l’installation d’un aspirateur de radon (système mécanique sous la dalle) peut être envisagée, avec l’aide d’un professionnel.

L’Agence régionale de santé Normandie propose des conseils et, parfois, des aides pour les travaux anti-radon (pour les propriétaires modestes ou lors de grandes rénovations).

Et pour les habitations neuves ?

Depuis 2020, les constructions neuves dans les communes classées « potentiel radon 2 ou 3 » doivent respecter des règles strictes : barrières anti-radon lors de la conception, ventilation renforcée… Cependant, il reste essentiel de mesurer le radon, même dans une maison récente.

Où se renseigner et trouver de l’aide dans le Cotentin ?

  • ADIL de la Manche : conseils juridiques et techniques, informations sur les campagnes de mesure (www.adil50.org).
  • Agence Régionale de Santé Normandie : site dédié radon avec ressources locales (ARS Normandie).
  • IRSN : rapports et carte de potentiel radon par commune (www.irsn.fr).
  • Mairies locales : relais d’informations sur les campagnes de mesure.
  • Conseillers en santé environnementale : accompagnement pour la lecture des résultats et les pistes de correction.

Des associations de prévention, comme la Ligue contre le cancer ou les relais locaux de l’ADEME, organisent régulièrement des stands ou ateliers d’information : surveiller les affichages en mairie ou en pharmacie !

Le Cotentin face au radon : avancer ensemble

Informer, ce n’est pas dramatiser : le radon ne transforme pas les maisons en zones de danger immédiat. Mais il correspond à un sujet sérieux, documenté, d’autant plus pertinent dans le Cotentin en raison de notre géologie. Avec de simples gestes, de la vigilance et l’information partagée, il est possible de transformer un risque silencieux en enjeu collectif, pour la santé de tous, aujourd’hui et demain.

Que les habitants du Cotentin s’informent, mesurent leur exposition et mettent en œuvre des solutions adaptées permet non seulement de protéger les personnes les plus fragiles (personnes âgées, enfants, malades…), mais aussi de réduire efficacement le risque de cancer du poumon à l’échelle locale.

Connaître le radon, c’est avancer ensemble pour un Cotentin plus serein, unis par le cœur face au cancer.