Travailler sous le soleil : qui sont les métiers vraiment exposés aux rayonnements ultraviolets ?

13 février 2026

Pourquoi s’inquiéter de l’exposition professionnelle aux UV ?

Chacun le sait : une exposition excessive au soleil peut être dangereuse. Mais si l’on pense souvent aux vacances et à la plage, on oublie parfois que des milliers de personnes font face à ce risque tous les jours, au travail. Les rayonnements ultraviolets (UV), invisibles mais puissants, sont aujourd’hui reconnus comme des cancérogènes professionnels pour la peau (notamment les cancers cutanés comme le carcinome basocellulaire, le carcinome spinocellulaire et le redouté mélanome). Selon l’Organisation mondiale de la santé, 60 à 70 % des cancers de la peau pourraient être évités si l’exposition solaire était mieux contrôlée, notamment sur les lieux de travail (source : OMS).

Intégrer la prévention de l’exposition aux UV dans le quotidien de certains métiers est donc loin d’être un simple rappel estival, c’est un enjeu de santé publique, avec des conséquences concrètes sur le long terme.

Quels sont les métiers les plus concernés par les UV naturels ?

L’exposition professionnelle aux UV concerne en tout premier lieu ceux et celles qui travaillent en extérieur. Selon une large enquête européenne, environ 14,5 millions de travailleurs sont exposés à des UV d’origine solaire sur leur lieu de travail en Europe (source : EU-OSHA).

Voici les principaux métiers concernés :
  • Agriculteurs et viticulteurs : La majorité de leur activité s’effectue en plein air, souvent à des horaires où le soleil est au plus fort, notamment aux saisons chaudes.
  • Jardiniers, paysagistes, personnels des espaces verts : Parcs, jardins, terrains de sport, la peau reste exposée de longues heures chaque jour.
  • Ouvriers du bâtiment et travaux publics : Maçons, couvreurs, peintres, poseurs de routes : nombre de chantiers n’offrent guère de zones d’ombre.
  • Marins, pêcheurs, personnel portuaire : Sur l’eau, les rayons UV sont encore plus intenses à cause de la réverbération (jusqu’à 25 % d’intensité en plus selon l’INRS).
  • Employés de stations balnéaires et de montagne : Maîtres-nageurs, surveillants de plage, personnel d’entretien, animateurs de loisirs, mais aussi guides de haute montagne et moniteurs de ski (la neige réfléchit jusqu’à 80 % des UV selon Santé publique France).
  • Transports et livreurs à vélo ou deux-roues : Pour ces métiers de mobilité, l'exposition solaire s’ajoute souvent à l’absence de protection vestimentaire complète.

Il est important de noter que plus de 80 % de l’exposition totale aux UV d’un individu peut se faire lors des activités professionnelles dans ces métiers (source : Dépistage Cancers Hauts-de-France, 2022).

Les UV artificiels : une exposition à ne pas négliger

On parle beaucoup du soleil, mais certains métiers manipulent aussi des sources d’UV artificiels, souvent méconnues et pourtant très risquées si les équipements de protection ne sont pas strictement respectés.

  • Soudeurs : Les arcs de soudure émettent une forte quantité d’UV type C et B. Les brûlures cutanées et oculaires peuvent être immédiates, et le risque de cancer de la peau est bien documenté.
  • Employés de laboratoires utilisant des lampes UV : Pour la stérilisation ou dans certaines analyses biomédicales, des lampes UV puissantes peuvent être sources d’incidents.
  • Travailleurs de l’industrie électronique ou imprimerie : Certains procédés de durcissement de résines ou d’encres reposent sur des lampes UV.
  • Esthéticiennes et prothésistes ongulaires : Les lampes UV utilisées pour le séchage des ongles comportent un faible risque, mais le contact répété, parfois sans gant ni crème adaptée, multiplie la dose cumulée sur plusieurs années (source : Anses).

Quels dangers réels ? Des chiffres et des histoires

Les risques liés à l’exposition professionnelle sont concrets et documentés. Selon Santé publique France, les cancers de la peau d’origine professionnelle représentent au moins 5 % de l’ensemble des cancers cutanés diagnostiqués chaque année chez les personnes très exposées, soit plusieurs milliers de nouveaux cas chaque année (source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, SPF, 2021).

  • Un ouvrier du BTP outdoor a 2 à 3 fois plus de risque de développer un cancer cutané par rapport à la moyenne nationale.
  • En milieu maritime, plusieurs études montrent que les pêcheurs et équipages de pont présentent un taux de coups de soleil et d’atteintes oculaires jusqu’à 60 % supérieur au reste de la population professionnelle.
  • Chez les travailleurs des vignes, des cas cliniques montrent l'apparition de tumeurs cutanées précoces sur les zones exposées, y compris des personnes de moins de 40 ans (voir: Revue du Praticien, 2020).

Au-delà des cancers, l’exposition chronique aux UV favorise le vieillissement cutané accéléré, la cataracte prématurée et certains troubles immunitaires locaux.

Comment expliquer l’augmentation du risque ?

  1. Durée et fréquence d’exposition : Un jardinier ou un maçon passe souvent plus de 6 heures par jour dehors. Sur l’année, cela peut représenter plus de 1000 heures d’exposition directe.
  2. Zones d’exposition : Les oreilles, nuque, visage, avant-bras, mains sont constamment exposés, alors qu’ils restent souvent découverts.
  3. Effet cumulatif : La peau garde en « mémoire » toutes les expositions. Le risque n’apparaît pas du jour au lendemain, mais se cumule au fil des ans.
  4. Type de peau : Les phototypes clairs (peau, yeux et cheveux clairs) sont particulièrement vulnérables. Certains métiers agricoles traditionnels du nord de la France ou des régions littorales sont surreprésentés parmi les diagnostics de cancers cutanés.
  5. Sous-évaluation du risque : Enfin, beaucoup de salariés minimisent ce danger, pensant qu’« on s’habitue », ce qui retarde les gestes de prévention.

Zoom sur le Cotentin : des métiers emblématiques

Dans le Cotentin, au cœur de la Manche, l’exposition professionnelle aux UV touche certains secteurs de plein fouet : marins, travailleurs portuaires, agriculteurs, salariés des chantiers navals et du bâtiment, mais aussi les agents techniques assurant l’entretien des plages, des espaces verts et du littoral. Même par ciel voilé, plus de 80 % des UV traversent les nuages et atteignent la peau. La situation régionale n’épargne donc personne, et la prévention locale est essentielle – d’autant que la France métropolitaine fait partie des dix pays d’Europe les plus touchés par les cancers de la peau liés au travail en extérieur.

Prévention : des gestes simples, efficaces et souvent négligés

Bien entendu, il ne s’agit pas de vivre dans la crainte ou de quitter son métier, mais d’y travailler en bonne santé. Voici quelques recommandations pratiques validées par l’INRS, Santé publique France et l’Anses :

  • Privilégier le travail dehors en dehors des plages horaires les plus ensoleillées (11h-16h).
  • Porter des vêtements couvrants et adaptés, idéalement traités anti-UV.
  • Utiliser chapeaux à larges bords, lunettes de protection certifiées UV, et gants spécifiques.
  • Appliquer une crème solaire à large spectre (indice 50 minimum), en renouvelant toutes les 2 heures – y compris sur les zones oubliées.
  • Multiplier les pauses à l’ombre – chaque pause, même courte, compte contre l’accumulation d’UV.
  • Surveiller régulièrement sa peau pour détecter rapidement toute lésion suspecte (voir la règle ABCDE du dépistage du mélanome, source : Fondation ARC).

À noter : la loi française oblige désormais les employeurs à évaluer et à prévenir les risques d’exposition aux UV solaires en extérieur, en intégrant la prévention dans le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER).

Des ressources et initiatives utiles

Sur le terrain, plusieurs organismes proposent des kits de prévention (affiches, équipements, formations). Le guide pratique « Soleil et travail » est accessible gratuitement sur le site de l’INRS et propose des solutions réalisables même dans les petites structures.

Dans la région de Cherbourg et du Cotentin, plusieurs centres médico-sociaux proposent des ateliers sur la prévention solaire pour les entreprises et les particuliers, en lien avec les missions locales de santé au travail.

Pistes pour l’avenir : vers une meilleure reconnaissance et protection

Depuis 2015, le cancer de la peau non mélanique est officiellement reconnu comme maladie professionnelle dans le secteur agricole (Tableau 59 du régime agricole), mais les démarches de reconnaissance restent longues et le cadre légal pourrait encore évoluer pour d’autres métiers exposés aux UV solaires – comme c’est déjà le cas depuis longtemps pour l’exposition à l’amiante.

Face à l’augmentation du nombre de cas de cancers de la peau en France chaque année (+50 % en 20 ans pour les carcinomes), renforcer la sensibilisation dans les écoles professionnelles, intégrer la prévention solaire à la visite médicale du travail, et multiplier les campagnes d’information dans les secteurs les plus vulnérables restent des priorités.

Le soleil profite à tous mais, pour certaines professions, il n’est pas sans risque. Pour travailler dehors sereinement, il est possible (et conseillé) de s’équiper et de s’informer, afin que le soleil reste un allié, et non un facteur de danger. Voilà aussi comment la prévention, même dans les métiers les plus « ensoleillés » du Cotentin et d’ailleurs, peut s’avérer aussi précieuse qu’un bon outil de travail.